Les Ormes : la surprise du chef 1/2

Dans le secret d’un patrimoine infini

Aujourd’hui, comme promis dans mon article sur les plus beaux spots Instagram, je vous emmène visiter Les Ormes, au seuil du Poitou et de la Touraine. J’ai choisi cette petite commune de 1700 habitants car son patrimoine pourrait faire pâlir d’envie de nombreuses grandes villes.

Alors, pour être à la hauteur de ses multiples richesses, j’ai sollicité les services d’une autre ambassadrice de Grand Châtellerault. Une guide incollable sur l’histoire de son village, et qui m’a réservé bien des surprises…

La réception de l’ambassadrice

Catherine Puglia m’a donné rendez-vous devant la mairie. Comme moi, elle aime faire découvrir son territoire. Alors que j’œuvre en ligne sur ce blog, Mme Puglia privilégie le contact humain et les visites guidées...

Soit pour son entourage dans le cadre du programme Ambassadeurs de l’Office de Tourisme, soit via son association Talents Ormois. 
Née à Châtellerault, cette ancienne psychologue habite Les Ormes depuis 2005. Enfant, elle venait chaque été y passer ses vacances en famille. Ainsi, dans les années 60, elle accompagnait sa grand-mère au château afin de rendre visite à la comtesse d’Argenson. Désormais, c’est le bourg dans son ensemble que l’active retraitée prend plaisir à révéler au grand public.

Association Talents Ormois : 06 60 85 71 49

Étape 1. La mairie, son parc et le champ de foire

La balade accompagnée débute donc à la mairie. Me voici devant une belle maison bourgeoise de 1871, construite en tuffeau et calcaire de Chauvigny. Depuis leur installation dans cette demeure en 1995, les élus s’attèlent à entretenir et à embellir le parc d’un hectare et demi.

Mme Puglia s’est investie dans le projet et m’explique qu’au total « 27 essences rares ou arbres remarquables rythment la promenade ». Un chêne-liège et un tilleul médicinal côtoient un araucaria et un Gingko Biloba récemment plantés. Des panneaux pédagogiques permettent de les identifier, et même de reconnaître leurs feuilles au toucher, grâce à des illustrations en relief.

Face à la bâtisse municipale, se tient la place du champ de foire. Jusqu’en 1950, un grand marché s’y tenait mensuellement comme à Lencloître.

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Étape 2. L’église et les halles

Depuis le champ de foire, nous empruntons la rue de l’église. Après quelques minutes de marche, nous voici aux halles, inscrites aux Monuments Historiques depuis 1934. Catherine Puglia me précise que l’histoire des Ormes est étroitement liée au château et ses propriétaires.

Ainsi les frères Pussort élevèrent cette terre en baronnie, avec droit de halle et de justice. À l’époque, les petits délits passibles d’amendes ou de corvées se réglaient une fois par semaine sous les halles, tandis que les femmes y vendaient les animaux de basse-cour une fois par mois les jours de foire. À présent, enfants et trottinettes se sont réappropriés les lieux. Pendant ce temps, les parents papotent, assis sur un banc avec vue imprenable sur l’église Saint-Martin et Sainte-Marguerite, les deux patrons de la paroisse.

C’est Martin Pussort, bâtisseur du château et oncle de Colbert, qui commande la première église en 1655. Le cœur de cet influent conseiller du Roi repose toujours dans le caveau sous le maître-autel. « Vers 1890, le bedeau tombe du clocher et se tue. », me raconte Catherine Puglia. Cet accident fait comprendre que la solidité du monument n’est plus satisfaisante. Voilà pourquoi, en 1896, naît l’église actuelle.

J’avoue avoir eu un véritable coup de cœur pour son style néo-byzantin. Ce clocher rond, reposant sur une base octogonale appuyée sur une tour carrée, a pourtant complètement déstabilisé les habitants de l’époque. À l’intérieur, vitraux, statues, chaire et toiles anciennes valent le détour.

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Étape 3. La tourelle, le lavoir, la Vienne

En contrebas de l’église, j’aperçois la rivière. En effet, pour ne rien gâcher, la commune est arrosée par la Vienne. Les rives sont charmantes. Catherine m’apprend que la tourelle à l’angle, dressée comme un point d’exclamation, appartient au château.

Le lavoir adjacent a naturellement trouvé sa place puisqu’une source jaillit là en permanence. Autrefois les dames y lavaient le linge avec leurs battoirs, tout en s’échangeant les nouvelles du village.

Je vous recommande ce coin au bord de l’eau et vous invite à profiter des tables de pique-nique mises à disposition. Pause bucolique assurée !

Étape 4. La villa Caroline

Nous repartons par la petite rue de Pierre d’Argenson où se trouve l’escale la plus secrète du parcours. Catherine m’a fait la surprise de contacter le propriétaire de la Villa Caroline afin qu’il nous ouvre exceptionnellement ses portes.

Autour d’un délicieux gâteau au chocolat de la pâtisserie Raveau, Fabrice Audy nous conte l’histoire de cette maison, dans sa famille depuis 70 ans.

C’est en hommage à sa maman que M. Audy l’a baptisée Villa Caroline. À l’origine, elle s’appelait Villa Marie-Louise, du prénom de la maîtresse de Rodolphe Salis. Le créateur châtelleraudais du Chat Noir, célèbre cabaret parisien, a fait construire cette habitation en 1890, pour la danseuse dont il était follement amoureux. À l’intérieur, tout est à l’effigie de la jeune femme, jusqu’aux plafonds !

Je reste émerveillée devant les vitraux des portes et des fenêtres. « Comme un clin d’œil au château des Ormes où séjourna Voltaire, le vitrail de la salle à manger représente Rabelais. À l'instar de Rodolphe Salis, les deux hommes s'inscrivent dans la tradition de liberté d'esprit à la française. », me confie Fabrice.

L’architecte n’est autre qu’Henri Deglane, concepteur de la nef du Grand Palais.

Depuis la rue, vous pourrez admirer cette villa Belle Époque ainsi que le majestueux cèdre du jardin.

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Étape 5. La Poste aux Chevaux

Après ce beau cadeau, nous rejoignons la Route Nationale 10 (D910) qui traverse Les Ormes. Jalonnée de bâtiments remarquables - comme l’ancienne gendarmerie (au n°37) ou la pharmacie qui lui fait face, elle mène notamment à un monument historique qui se cache derrière une magnifique entrée cochère.

Quand cette dernière s’ouvre, je découvre un quadrilatère de 70 mètres de côté, autour d’une cour centrée par un vaste pédiluve. Bienvenue à La Poste aux Chevaux ! Respectant le plan type de l’époque, elle se compose d’écuries, d’un abreuvoir, d’une sellerie, de la salle des postillons (conducteurs des attelages) et de constructions pour l’habitation et l’hôtellerie.

Monsieur De Logivière, descendant du dernier maître de Poste, m’indique que cette halte sur la route d’Espagne a été créée par le comte d’Argenson en 1764. Le surintendant des Postes, par ailleurs ministre de Louis XV, a profité de son influence pour dévier l’axe Paris-Bordeaux afin qu’il passe par son village. « Ce service royal officiel comprenait l’acheminement du courrier et des voyageurs en diligence. À chaque relais de poste, on changeait les montures avant de rejoindre le relais suivant, en général distant de 16 km. Puis les postillons ramenaient les chevaux une fois reposés. En 1851, le train arrive à Poitiers et les relais de poste disparaissent progressivement. »

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De par son architecture, ses proportions et son excellent état, le relais des Ormes est considéré comme l’un des plus remarquables de France. Sa visite est également l’occasion de lever le voile sur les transports et coutumes de l’époque.

Le propriétaire me présente l’ancien manège qui, grâce à son plafond en bois, bénéficie d’une acoustique exceptionnelle. Chaque année le lieu accueille des manifestations culturelles. Pour 2020, outre les deux expositions permanentes, je note le festival de musique de chambre Aux Ormes Mozartiens les 12 et 13 septembre, et la pièce de théâtre de Guy de Maupassant Boule de Suif, le 20 septembre à 17h dans le cadre des Journées du Patrimoine.

25-27 D910 Les Ormes Tél : 06 88 55 33 64
Ouvert à la visite environ 6 semaines en été, jusqu'aux Journées du Patrimoine en septembre.

Étapes 6 et 7. À suivre...

Ma balade ormoise se poursuivra la semaine prochaine sur le blog, à l'occasion des Journées Européennes du Patrimoine... Attention spoiler : il sera question d'une bergerie et d'un château !

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